INAUGURATION PLAQUE CHARLES NEGRE

Monsieur Philippe TABAROT, Sénateur des Alpes-Maritimes,

Monsieur Paul HATTE, Conseiller de Paris en charge de la communication, de l’innovation citoyenne et du conseil de quartier Batignolles auprès de Geoffroy BOULARD, Maire du 17ème arrondissement,

Mesdames et Messieurs les membres de la famille de Charles NEGRE, et notamment Dominique NEGRE, qui a accompagné la Mairie dans sa démarche pour honorer son aïeul,

Monsieur Paul-Louis ROUBERT, Président de la Société Française de Photographie,

Monsieur Michel CRESP, qui a tant œuvré pour la pose de cette plaque,

Monsieur Guillaume JALLAS SANTIER, représentant le cabinet Elimmo Gestion et tous les copropriétaires du 21 quai Bourbon qui nous reçoivent aujourd’hui en ces lieux chargés d’histoire et que nous remercions pour leur accueil,

Monsieur Bernard ROYANNEZ, gérant de la société GRAPHIE PIERRE qui a réalisé la plaque que nous inaugurons ce jour,

Mesdames et Messieurs les experts, galeristes ou spécialistes de la photographie,

Mesdames et Messieurs,

Il est difficile de trouver les mots justes aujourd’hui pour vous exprimer à quel point je suis ravi que nous nous retrouvions ici, à Paris, pour rendre hommage à la mémoire d’un illustre Grassois : Charles NEGRE.

Mon émotion est grande pour plusieurs raisons.

En premier lieu, cela fait un an que nous aurions dû nous réunir à la faveur du bicentenaire de sa naissance à Grasse, mais la crise sanitaire nous a contraints de décaler ce rendez-vous.

Aussi, cette attente rend ce moment d’autant plus intense.

Ensuite, c’est ici, au 21 quai Bourbon, que Charles NEGRE a vécu pendant près de 13 ans et réalisé les photographies les plus importantes de son œuvre.

Il habitait au troisième étage au fond de cette cour et possédait également un atelier au rez-de-chaussée.

C’est la raison pour laquelle nous sommes présents aujourd’hui.

J’ai conscience qu’il n’est pas commun pour un maire de présider une cérémonie d’hommage à quelques centaines de kilomètres de la ville au sein de laquelle il a été élu !

Mais il était à mon sens essentiel qu’une plaque puisse témoigner du passage de cet artiste si prolifique dans la capitale, et que celle-ci soit dévoilée en présence de ses héritiers, que je salue.

Je remercie par ailleurs, toutes celles et ceux attachés à l’héritage considérable que nous a léguée Monsieur Charles NEGRE, qui ont tant œuvré pour que cette cérémonie puisse se dérouler dans les meilleures conditions.

Il s’agit d’un jour important, puisque ce dévoilement de plaque constitue un jalon supplémentaire de poser dans ce long travail de redécouverte de Charles NEGRE, qui a été pendant longtemps occulté par la postérité.

En effet, mort dans l’oubli en 1880 à Grasse, ce n’est qu’en 1936, à la faveur de grandes expositions photographiques organisées à Paris et à New York, que son nom ressurgit. En 1963, une première monographie, entreprise par le collectionneur André Jammes, ici présent et que je salue, lui fut consacrée. Mais ce n’est qu’en 1980 que sous l’impulsion des équipes du musée d’Orsay, l’œuvre de Charles Nègre fut enfin révélée au grand public en France à l’occasion d’une grande exposition commémorant le centenaire de sa mort.

Je profite de ce rappel pour saluer les efforts du Musée d’Orsay, et de tous ceux présents aujourd’hui, pour redonner à Charles NEGRE la place qu’il mérite. Parmi les initiatives prises en ce sens, citons une nouvelle exposition lancée l’année prochaine consacrée uniquement aux œuvres de l’artiste dans le célèbre musée national.

Cette reconnaissance s’inscrit dans le prolongement des actions engagées par la Mairie de Grasse pour donner à cette œuvre l’écho qu’il mérite, et rendre à Charles NEGRE la place qui est la sienne dans l’histoire de l’art et de la photographie.

Ce parcours remarquable, je vais essayer de le résumer en étant le plus circonstancié possible, mais pardonnez par avance mon absence d’exhaustivité au regard de la densité et de la richesse de l’héritage qu’il nous lègue !

Né le 9 mai 1820 à Grasse, ses étonnantes prédispositions pour l’art vont rapidement amener sa famille à l’envoyer à Paris dès 1839 où il étudiera la peinture sous la direction des plus grands à l’instar de Paul Delaroche, Michel Martin Drolling, et Jean-Auguste-Dominique INGRES.

En 1850, il décide de s’installer ici, sur l’Île Saint-Louis, pour poursuivre son travail.

Esprit curieux, Charles Nègre est très rapidement attiré par la photographie naissante. Initialement, il pense que cette technique peut l’aider à réaliser ses tableaux.

Mais cet esprit si fécond ne s’arrêtera pas là puisque Charles NEGRE inscrira ses pas dans ceux de ces pionniers français des XIXème et XXème siècle qui n’ont pas hésité à casser les codes pour repousser plus loin les limites du possible.

Après la première photographie de l’histoire réalisée en 1826 par un autre Français, Nicéphore Niépce, Charles NEGRE mettra au point son propre procédé de gravure héliographique avec passage dans un bain d’or pour produire des œuvres qui « réunissent la finesse et la précision de la photographie à la fermeté et à la profondeur des teintes de la gravure ».

Une épreuve sur papier salé datant de 1851 intitulée « Ramoneurs en marche » illustrent cette démarche. Probablement réalisée comme étude pour un tableau, cette série de photographies est considérée comme une étape importante de l’histoire de la photographie car représentant un des tout premiers essais de rendu du mouvement.

Je voudrais conclure cette courte biographie en rappelant la précocité de Charles NEGRE : il débuta la pratique du dessin à 17 ans, la peinture à 19 ans, la photographie à 24 ans, et l’héliogravure à 35 ans.

Ces chiffres constituent le témoignage le plus patent de son exceptionnel talent et du foisonnement artistique si particulier qui l’a animé.

Avant tout le monde, Charles NEGRE avait saisi l’importance de l’image et la puissance créative qu’elle pouvait conférer à celui qui en maitrisait les codes.

Son appétence pour cette innovation l’amena à réaliser, pour notre plus grand plaisir, un grand nombre de clichés qui constituent des témoignages inestimables de la réalité d’une époque si lointaine et si proche à la fois.

Son retour dans le midi l’amena à photographier la Côte d’Azur et son arrière-pays qu’il figea ainsi pour l’éternité à travers plusieurs images que nous ne nous lasserons jamais d’admirer.

À la fois artiste et bon technicien, sensible mais précis, créatif mais animé d’une grande rigueur, c’est cet esprit qui, au-delà de son œuvre, doit être pérennisé.

C’est tout le sens de l’action de la Ville de Grasse qui a voulu valoriser le parcours de cet enfant du pays en donnant son nom à la future médiathèque d’envergure nationale qui ouvrira prochainement ses portes au cœur même du centre historique de la ville.

Le cœur de la photographie bat un peu à Grasse et c’est cette réalité là que la Municipalité que j’ai l’honneur de conduire s’attache à rappeler afin d’entretenir le souvenir de cet artiste exceptionnel.

La pose de cette plaque constitue un témoignage supplémentaire de cette démarche initiée voici plusieurs années, et qui va continuer avec le concours de la famille de Monsieur NEGRE, et de tous les passionnés présents aujourd’hui.

Grasse s’est mobilisée, se mobilise et continuera à se mobiliser pour honorer ce nom qui fait honneur à notre cité !

Vive la photographie !

Vive l’art !

Vive la culture !

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